Boues toxiques :Du Brésil à la France

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Certains parlent d’un Fukushima Brésilien, le Brésil a subi, au mois de novembre dernier, la pire catastrophe écologique de son histoire. Deux barrages appartenant à la société minière Samarco ont rompu entraînant l’écoulement de près de 50 millions de résidus de minerai de fer. La vague a entraîné avec elle un village de 600 personnes, causant plus d’une dizaine de décès et privant d’eau potable plus d’un demi-million de personnes.

Evidemment, après avoir minimisé les risques de voir les barrages rompre, la société minière a minoré la dangerosité de la pollution du fleuve. Mais, leurs arguments ne résistent pas à l’épreuve des faits, « trois semaines après l’accident, les dégâts environnementaux sont tellement importants que les autorités brésiliennes et l’entreprise ne sont toujours pas en mesure de les évaluer« .

Comme souvent, il s’avère que l’entreprise minière présentait des connivences avec le pouvoir politique, notamment par le financement de campagnes électorales dont a, par exemple, pu bénéficier la coalition au pouvoir. Pire, « La majorité des députés membres de la commission qui étudient la réforme du code minier brésilien aurait profité de financements du secteur minier lors de leurs précédentes campagnes électorales« .

Si la situation environnementale tend à encore se dégrader au Brésil au fur et à mesure que les effets de la pollution aux résidus de minerais toxiques se manifesteront, auxquels s’ajoutera le risque de voir deux autres barrages rompre à leur tour, il s’agit de s’interroger sur les mesures à adopter pour qu’une telle situation ne se reproduise plus.

Cela passe nécessairement par un réel encadrement des activités économiques à risque. Le monde économique sera-t-il un jour capable de s’autoréguler ou d’adopter les mesures préventives nécessaires à la limitation des conséquences désastreuses pour l’environnement qu’il peut engendrer ?
La protection de l’environnement passe obligatoirement par l’existence d’une volonté étatique visant à rendre cette protection effective.
Ce qui est vrai pour le Brésil, l’est également pour la France. N’oublions pas que, tout près de chez nous, dans le parc régional des Calanques, sont rejetées des « boues rouges » par l’usine d’alumine de Gardanne…

Oui, la France aussi connaît, à petite échelle, son affaire des boues toxiques. Depuis les années 60, l’entreprise Alteo( ex Péchiney), déverse des résidus d’alumine, à l’aide d’une canalisation, au large des calanques ( classées Parc Naturel Régional depuis 2012). Ce rejet, devait prendre fin au 1° janvier 2016. La société n’ayant pas trouvé le moyen d’éradiquer ses résidus liquides, a demandé la prolongation de son autorisation de rejet.

Contre toute attente, la Commission d’enquête publique a rendu un avis favorable à la poursuite de l’autorisation.  Pourtant, les associations dénoncent des atteintes à l’environnement irréversibles. Dernier espoir : la Ministre de l’Ecologie s’est déjà prononcée contre le maintien de cette autorisation et condamne le chantage à l’emploi brandi par la société Alteo. Il est vrai que les 700 emplois de la société sont à mettre en balance avec les 2000 du secteur de la pêche et du tourisme qui sont déjà affectés par l’impact environnemental du rejet des boues rouges. Espérons que l’annonce sera suivie d’effet…

On ne peut conclure cet article sans faire un parallèle : une autre pollution aux boues toxiques menacerait le territoire français en cas de recours à la fracturation hydraulique pour l’extraction du gaz de schiste. En effet, la manipulation de produits chimiques est nécessaire à sa mise en œuvre. Or, « des métaux lourds, des sels et des éléments radioactifs, d’origine géologique accompagnent les 20 à 80% du fluide injecté récupérés à la surface après fracturation » (voir notre « guide méthodologique sur l’extraction du gaz de schiste » p.34, n’hésitez pas à nous le demander en commentaire). En effet, « les dernières informations en provenances des Etats-Unis confirment des cas de pollution de l’eau par l’exploitation des gaz de roche-mère » (p.35). Une grande quantité d’effluents (eau + boues) est récupérée après la fracturation. Ces effluents sont stockés dans des réservoirs ou bassins. Or, « Les bacs de rétention peuvent déborder suite à de fortes intempéries ou à des inondations et polluer le sol et les nappes phréatiques » (p.37).

La pollution des eaux menace de toutes parts,peut-on espérer qu’un souffle nouveau, insufflé par l’organisation française de la COP21, poussera les autorités à être plus exigeantes en matière de protection de l’environnement ?

 

 

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2 réflexions sur “Boues toxiques :Du Brésil à la France

  1. […] L’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Naturel de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur entend dénoncer la décision que serait susceptible d’adopter le Gouvernement en faveur du maintien de l’autorisation de rejet des effluents toxiques au large du Parc National des Calanques accordé à la Société Alteo ( pour un résumé de l’affaire, voir ici).  […]

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